Crépuscule

J’aurais aimé t’écrire avec les plumes de cet oiseau
rouge-vif qui se dessinne dans le ciel au crépuscule
Je t’aurais écrit des mots d’amour, des mots d’infini,
Tu serais venu me rejoindre dans cet espace de brume salée entre deux vagues qui se rompent
Et on aurait parlé le langage du ciel, on aurait ri et on aurait ri,
Les échos de notre joie se seraient envolés jusqu’au phoenix, symbole de l’éternelle renaissance,
On se serait embrassés, un amour doux sur les lèvres salées,
Tu m’aurais pris la main avant que je ne m’engouffre dans la mer,
Juste avant.
Tu aurais compris mon corps qui est là et ailleurs à la fois,
l’aurais laissé se balancer vers l’infini,
Ta main toujours présente pour lui rappeler l’instant d’humilité, l’instant d’acceptation d’un amour passager et éternel
Et ton corps m’aurait gardée là, les pieds dans le sable, la tête dans l’univers.
J’aurais pu t’aimer, mais il ne me reste plus d’encre,
L’oiseau-paradis s’est dissous dans le lointain horizon m’ayant semblé pourtant si proche,
J’aurais pu t’aimer, mais tu n’y es pas.
Et je me vois marcher vers la mer sans que tu ne m’arrêtes,
Je respire une dernière fois avant que les bras des vagues ne m’englobent,
Avant que l’eau ne me tire vers son vertigineux centre,
spirale de noirceur d’où jaillissent les couleurs
Je perds doucement chacun de mes sens
Ils se dissoudent comme s’ils n’avaient jamais été
Peu à peu la mort ou serait-ce la renaissance
S’emparera de mon souffle, de mon regard, de ma voix,
De mon passage ne resteront que les traces
du soleil disparaissant une soirée d’avril
derrière les nuages de brume salée couleur pastel
Et ce rouge d’une intense présence,
Rouge-vie.

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Terre des fleurs

Que restera-t-il de mon corps en ruine
Lorsque la terre aura recouvert mes yeux en fleurs
Lorsque le soleil aura séché les larmes de ma vie
Lorsque mes mains auront perdu le pouvoir de l’univers
Que restera-t-il de mon corps en ruine,
Que restera-t-il?

Que restera-t-il de mon coeur en souffrance,
Fondra-t-il, s’envolera-t-il avec l’oiseau qui joue gaiement
Aux pieds des morts où la vie ensevelie
Crée la vie à l’autre bout du monde.
Que restera-t-il?
Que restera-t-il?

Que restera-t-il des graines en dormance
Qui habitent mon ventre depuis la naissance de l’univers
Sauront-elles éclore à travers ce corps retournant à la terre,
Sauront-elles aimer comme j’ai aimé la vie?
Que restera-t-il?
Dieu, que restera-t-il?

Poussière dans le vent d’un printemps,
J’ai cligné des yeux et le monde est disparu.
Ai-je eu le temps de le voir,
Du moins c’est l’illusion que j’habite
en cet après-midi d’automne
Au sud de l’Équateur
Sous le soleil qui fait pousser les fleurs
Sur les tombes de ceux qui ont quitté
Le monde d’où j’écris.

Sensations

Ici, tout est plus proche.
La vie et la mort.
Le soleil et la lune.
L’amour et la peur.
L’eau et désert.
L’arbre et le sable.
Le froid et la chaleur.
La rencontre et la solitude.
Le mouvement et la statique.
Les rires et les larmes.
La jeunesse et la vieillesse.
La paix et l’enfer.
La beauté et l’horreur.
L’ombre et la lumière.
La création et la destruction.
Les souvenirs et l’oubli.
La terre et le ciel.
L’océan et la montagne.
La joie et la tristesse.
Le bruit et le silence.
L’instant et l’éternité.

Ici, Tout est plus proche.

Le Tout.

Sueño

J’aimerais apprendre la patience des vagues
Qui éclatent sans repos, sans relâche,
Aux pieds des rêveurs déguisés en éléphants
Un nuage accroché à leurs cheveux,
Sur les battements d’ailes d’oiseaux-pêcheurs,
Devant le soleil qui finit sa course dans l’océan des infinis,
Les montagnes comme gardiens solitaires
d’un mouvement qui ne cessera de faire voyager
des coquillages millénaires.

Valle del Elqui

Les nuages rencontrent les hauts sommets arrides
Promesse d’une pluie qui ne s’attardera point
Dans cette vallée depuis longtemps oubliée à elle-même
Où les apricots savent croître à l’ombre des rouges grenades,
Grenades rouges comme la sève de mon corps qui réapprend à vivre dans
cet endroit de paix et d’harmonie
Où chacun fait face à la vérité en soi
Où chacun marche vers l’essence de l’être,
Eau vivante s’écoulant incessamment dans un cycle infini,
boucle de la vie terrestre.